Feux de forêt : A qui la faute : aux imprudents, aux pyromanes ?
A qui la faute : aux imprudents, aux pyromanes ? Certes. On le sait bien.
Mais il y a d’autres responsabilités, plus profondes et plus lointaines, dont on ne parle jamais.
Le premier responsable que l’on peut sans doute citer est le pin d’Alep.
Cette variété colonise désormais tout le bassin méditerranéen français de Perpignan à Monaco. On est habitué à lui et il fait désormais partie du « paysage
provençal ». Cela n’a pourtant pas toujours été le cas. Loin de là !
Initialement, la région était principalement constituée de forêts de chênes, à la fois de chênes verts et de chênes blancs. Il n’y avait aucun pin d’Alep… La principale caractéristique de ces chênes est d’être peu inflammables. Il y a plusieurs centaines d’années, on ne parlait donc pas de feux de forêt en Provence : ils n’étaient pas plus fréquents qu’en Alsace.
Mais les Romains sont arrivés. Ce fut le début de la destruction desgrandes chesnaies, pour en faire du bois à bâteaux, puis, plus tard, pour l’utiliser non seulement pour les bâteaux (jusqu’à Napoléon 1er semble-t-il) mais aussi comme combustible pour certaines industries de la région.
Il semble que, sous Louis XIV, la destruction de la forêt provençale ait atteint un degré important. Avec la sécheresse et l’érosion des sols, des espèces pyrophiles (hautement inflammables) ont commencé à proliférer :
- chêne kermes (brousailles pouvant atteindre 3 m de haut),
- ciste de Montpellier, romarin, Algérias (ajonc de Provence),
- etc.
Pour repeupler nos forêts, il semble que l’on ait à ce moment, sous Louis XIV, songé à importer de Syrie une variété de pin à développement très rapide : le pin d’Alep, que l’on trouvait autour de la ville syrienne d’Alep et que l’on rencontre également au Liban.
Il semble que l’origine de la colonisation par ce pin de la région date de cette époque.
Seulement, le pin d’Alep présente un inconvénient majeur : il est autement pyrophile. Sa résine est très inflammable, même en hiver, et ses pommes sont autant de grenades incendiaires potentielles.
Hormis sa croissance rapide, ce pin est d’une qualité fort médiocre.
Même en bois de chauffage, il est difficilement utilisable : son écorce explose au contact du feu, projetant des gerbes d’étincelles et des morceaux enflammés.
Pour le faire brûler dans une cheminée, il faut le laisser sécher deux ou trois ans, de façon à pouvoir enlever facilement l’écorce et ne brûler que le coeur du bois. La flamme est alors claire et belle, mais c’est le seul avantage de ce pin…
La responsabilité du pin d’Alep dans les feux de forêt semble totalement occultée, et nombre l’anciens estiment d’ailleurs qu’il fait partie de nos paysages.
C’est vrai maintenant. Mais sous le couvert du pin d’Alep, les chênes verts et blancs peuvent se reconstituer et se ressemer. C’est ce qu’ont établi des botanistes. Sans le couvert de ce pin d’Alep, ces espèces, traditionnelles et bien adaptées à nos régions, ne pourraient pas se redévelopper à cause de la sécheresse des étés notamment.
Le pin d’Alep pourrait donc permettre de reconstituer nos forêts originales, des forêts beaucoup moins sujettes aux feux de forêt… Essayez donc de mettre le feu à un chêne vert, c’est une mission presque impossible ! Il ne resterait donc plus, ensuite, qu’à éliminer ou réduire les pins d’Alep.
Notons d’ailleurs que ces derniers pourraient être à terme menacés par la chenille processionnaire…
Il semble, d’après un certain nombre de botanistes, que ce serait la solution la plus efficace pour en finir avec nos étés accompagnés de leurs cortèges de feux dévastateurs.
A condition d’en trouver les moyens, financiers d’abord. A condition aussi d’être patient, car pour transformer une pinède de pins d’Alep en forêt de chênes, il faudrait compter au moins 70 ans…
Mais c’est peut-être la solution d’avenir.
Si c’est le cas, comme on peut être tenté de le penser, comment se fait-il qu’aucun autorité en la matière n’ait seulement songé à se poser publiquement la question ?
Dans l’immédiat, cela n’enlève rien, évidemment, à nos propres responsabilités. Par exemple celles-ci :
- quand je vois devant chez moi un pinède municipale, qui est devenue un maquis impénétrable, et que rien n’est prévu pour la débroussailler. Peut-être dans dix ans selon les sapeurs-forestirs… Heureusement qu’avec quelques voisins, nous débroussaillons ce qui est le plus menaçant avec nos petits bras musclés…
- quand je vois l’un des principaux propriétaire fonciers de Lambesc, surtout propriétaire de pinèdes, laisser opérer des abattages de pins sur ses terres enlaissant tous les branchages en tas à proximité immédiate d’habitations ! Une intervention auprès la mairie a bien donné des résultats, mais… peut-être pour l’année prochaine. En attendant, les branchages restent sur place, en gros tas bien secs et donc prêts à s’embraser à la moindre imprudence ou malveillance.
En résumé, il semble bien que l’on parle beaucoupdes feux de l’été. Mais il semble surtout qu’on y réfléchisse pas beaucoup, et que les gestes les plus élémentaires pour nous protéger ne soient ni encouragés ni controlés.
Maintenant, nous avons tout l’été pour nous lamenter sur ce qui a
été détruit sur notre commune en quelques heures et qui prendra 20 ans pour ne serait-ce que reconstituer un maquis vert… mais à nouveau inflammable.
Jean-François Richard
http://www.bourseanticipations.com
Article originellement publié en juillet 2003 suite aux incendits meurtrier qui avaient eu lieu à Lambesc.
Ressource photo : http://www.banque-images-photo.com


